L’intelligence artificielle (IA) représente une opportunité majeure pour accélérer la transformation économique et sociale en Afrique de l’Ouest. Mais son développement soulève également des enjeux importants en matière de protection des données, d’équité, de non-discrimination, de diversité, d’inclusion et de souveraineté numérique.
Dans le cadre de la phase 2 du Gender and Responsible AI Network (GRAIN), une étude comparative analyse les cadres politiques, juridiques et institutionnels de l’intelligence artificielle au Sénégal, au Bénin, en Côte d’Ivoire et au Burkina Faso, avec une attention particulière portée aux dimensions Genre, Égalité, Diversité et Inclusion (GEDI).
Une analyse comparative des cadres nationaux
L’étude examine les stratégies nationales d’IA, les législations existantes en matière de données et de cybersécurité ainsi que les dispositifs institutionnels en place. Elle met également ces cadres en perspective avec les principaux référentiels internationaux et africains, notamment les recommandations de l’UNESCO et de l’OCDE ainsi que la stratégie continentale de l’Union africaine sur l’IA.
Les résultats montrent que trois des quatre pays étudiés disposent désormais d’une stratégie nationale d’IA : le Sénégal, le Bénin et la Côte d’Ivoire. Le Burkina Faso, quant à lui, ne dispose pas encore d’une stratégie IA adoptée, même si des travaux sont en cours.
Sur le plan juridique, les quatre pays disposent de cadres relatifs à la protection des données personnelles et à la cybersécurité. Toutefois, aucun ne dispose encore d’une législation spécifique et complète dédiée à l’intelligence artificielle. Le Burkina Faso se distingue néanmoins par une législation qui fait explicitement référence aux traitements fondés sur l’IA.
Le GEDI : une dimension encore insuffisamment intégrée
L’un des principaux enseignements de l’étude concerne la prise en compte du Genre, de l’Égalité, de la Diversité et de l’Inclusion (GEDI) dans les politiques nationales d’IA.
Si la Côte d’Ivoire affiche le niveau d’intégration GEDI le plus avancé parmi les quatre pays étudiés, les dimensions de genre et d’inclusion restent globalement insuffisamment opérationnalisées. L’étude relève notamment l’absence d’indicateurs de suivi liés au genre et à l’inclusion, de mécanismes de budgétisation sensible au genre et d’objectifs chiffrés concernant la participation des femmes dans la gouvernance et les écosystèmes de l’IA.
Cette situation est particulièrement importante dans un contexte où les femmes restent sous-représentées dans les filières scientifiques et technologiques. Selon les données citées dans l’étude, elles représentent 35 % des diplômés en STIM et 26 % des effectifs dans l’IA et les données en Afrique subsaharienne.
Des enjeux qui dépassent la seule réglementation
L’étude souligne également plusieurs défis structurels : faiblesse des données locales et linguistiques, fracture numérique, déficit de compétences, dépendance aux technologies étrangères et risques de biais algorithmiques. Ces enjeux sont particulièrement importants pour les langues africaines, encore largement sous-représentées dans les modèles d’IA.
L’agriculture, l’éducation et les langues africaines apparaissent toutefois comme des secteurs offrant d’importantes opportunités pour développer des solutions d’IA adaptées aux réalités locales. L’étude met notamment en avant les possibilités liées à l’agriculture de précision, à la personnalisation de l’apprentissage, à la reconnaissance vocale et à la traduction dans les langues locales.
Vers une gouvernance plus inclusive de l’IA
À partir de ces constats, le rapport formule plusieurs recommandations : réviser les stratégies nationales d’IA pour y intégrer explicitement les principes GEDI, renforcer la gouvernance institutionnelle, développer des cadres juridiques spécifiques à l’IA, instaurer des mécanismes de transparence et d’audit algorithmique et renforcer les capacités des acteurs.
Des recommandations sectorielles sont également proposées pour l’agriculture, l’éducation et les langues locales, notamment en matière de données désagrégées, d’accès équitable aux technologies, de formation et de développement de bases de données linguistiques africaines.
Le rapport propose enfin des lignes directrices opérationnelles destinées aux décideurs publics, innovateurs, start-ups, régulateurs et organisations de la société civile. Elles portent notamment sur l’intégration du GEDI dès la conception des solutions, la transparence algorithmique, la qualité et la représentativité des données, le financement inclusif et la coopération régionale.
Un appel à construire une IA adaptée aux réalités africaines
Cette étude montre que l’Afrique de l’Ouest dispose déjà de plusieurs fondations politiques, juridiques et institutionnelles pour accompagner le développement de l’intelligence artificielle. L’enjeu est désormais de transformer ces fondations en cadres réellement inclusifs, opérationnels et adaptés aux réalités des sociétés africaines.
Pour GRAIN, une intelligence artificielle responsable ne peut être dissociée des questions de genre, d’égalité, de diversité, d’inclusion, de souveraineté des données et de diversité linguistique.
L’objectif est de faire de l’IA non seulement un levier d’innovation et de développement, mais également un outil capable de réduire les inégalités et de répondre aux besoins de l’ensemble des populations d’Afrique de l’Ouest.
Consultez et téléchargez le rapport complet : Intelligence artificielle inclusive et responsable en Afrique de l’Ouest : analyse comparative des cadres politiques, juridiques et institutionnels au Sénégal, au Bénin, en Côte d’Ivoire et au Burkina Faso.
L’IPAR a participé, lundi 15 mai 2023 à Saly, à un "panel d’experts sur l'intelligence artificielle comme levier de développement Read more
IPAR a participé au deuxième atelier de formulation de la stratégie nationale de l’Intelligence Artificielle qui s’est tenu les 21 Read more