Intelligence artificielle et inclusion : autonomiser les femmes dans l’agriculture

Dans le cadre du projet GRAIN, un webinaire axé sur « Agritech et IA : inclure les femmes pour une agriculture durable en Afrique » a été organisé le 10 septembre 2025 sur la plateforme Zoom.

La rencontre a permis de mettre en lumière le potentiel de l’IA pour transformer l’agriculture et autonomiser les femmes, à condition que les technologies soient inclusives et adaptées aux besoins locaux.

Par conséquent, la collaboration et l’inclusion intentionnelle des femmes dans le développement de l’IA sont jugées essentielles pour atteindre l’égalité des genres et le développement durable en Afrique subsaharienne.

L’objectif du webinaire était de réfléchir collectivement aux défis et opportunités liés à l’intégration du genre dans les innovations numériques et basées sur l’IA dans l’agriculture, mais aussi de présenter des expériences concrètes, d’analyser les obstacles spécifiques rencontrés par les femmes et d’explorer des stratégies inclusives tout en favorisant le dialogue entre chercheurs, agriculteurs, experts en genre et décideurs politiques.

Modéré par Dr Marame Cissé, experte en genre à IPAR, ce webinaire a réuni Joel Nwakaire (Nigéria), professeur en ingénierie agricole et énergies renouvelables ; Daouda Seck (Sénégal), ingénieur agronome et expert en chaînes de valeurs agricoles ; Mutiat Mohamed (Nigeria), chercheuse en microbiologie et nanotechnologie et experte en économie circulaire et valorisation des déchets et Aboubakry Wade (Sénégal), agripreneur.

Inclusion des femmes, applications hors ligne et partenariats public-privé

Dans son intervention, Professeur J. Nwakaire a souligné la nécessité d’inclure intentionnellement les femmes dès la phase de conception des outils IA afin d’éviter de reproduire les inégalités. Il a expliqué que les femmes, bien que majoritaires dans l’agriculture (60-70 %), sont sous-représentées parmi les experts technologiques (seulement 30 %).

Il a partagé des expériences de développement d’applications hors ligne pour les zones rurales sans accès à Internet, garantissant ainsi l’accessibilité pour les femmes. Par exemple, des applications permettant de détecter les maladies des cultures et d’envoyer des alertes par SMS.

M. Nwakaire a également mis en avant la nécessité de collecter des données désagrégées par genre pour garantir que les voix des femmes soient entendues, expliquant que les approches mixtes de collecte de données tendent à marginaliser les voix féminines.

Enfin, il a plaidé pour des partenariats public-privé renforcés afin que les innovations répondent aux besoins réels des communautés. Pour lui, l’IA doit être conçue avec une intention claire d’équité. Il a appelé à une réforme des systèmes de récompense académique pour valoriser l’impact communautaire plutôt que les publications.

Collaboration, statistiques agricoles en temps réel et mécanismes de rétroaction

Lors de sa prise de parole , Daouda Seck a insisté sur l’importance de la collaboration entre les startups agri-tech, les institutions publiques et les organisations de producteurs. Il a expliqué que les structures publiques, comme la Direction de l’Horticulture et la SONACOS au Sénégal, ont besoin de statistiques agricoles fiables pour une meilleure prise de décision.

Il a partagé des expériences de fourniture de statistiques agricoles en temps réel aux institutions publiques et aux producteurs, améliorant ainsi la prise de décision. Par exemple, des modèles d’IA alimentés par des données collectées sur le terrain pour fournir des statistiques sur les cultures comme les oignons et les pommes de terre.

Il a également travaillé avec la Fédération des Producteurs du Bassin de l’Anambé (FEPROBA) pour adapter les pratiques agricoles aux prévisions météorologiques, renforçant la résilience des agriculteurs face au changement climatique.

M. Seck a souligné la nécessité de former les collecteurs de données et d’adapter les outils IA aux réalités locales, la qualité des données étant cruciale pour la précision des modèles. Il a aussi plaidé pour des mécanismes de rétroaction permettant aux utilisateurs, en particulier les femmes, de signaler les lacunes et d’ajuster les solutions, comme des présentations régulières pour recueillir leurs retours.

Conversion des déchets, plateformes numériques et co-création

Lors de sa présentation, Mutiat Mohamed a donné des exemples d’utilisation de l’IA pour convertir les déchets agricoles en produits à valeur ajoutée, comme les biofertilisants et le biogaz, contribuant à l’autonomisation des femmes. Par exemple, la conversion des épluchures de manioc en biofertilisants ou en alimentation animale.

Elle a également discuté du développement de plateformes numériques pour connecter les femmes productrices aux marchés et à l’information en temps réel, leur permettant de comparer les prix et de vendre leurs produits à de meilleurs tarifs.

La gestion efficace de la production est également cruciale. Elle a présenté une plateforme numérique permettant de surveiller la qualité de l’eau dans les étangs d’aquaculture, aidant ainsi les femmes à mieux gérer leurs productions.

Mme Mohamed a insisté sur le fait que l’IA doit amplifier, et non remplacer, les connaissances locales détenues par les femmes. Elle a plaidé pour la co-création des outils IA avec les femmes afin d’assurer leur acceptabilité et pertinence, à travers des ateliers de co-conception.

Identité numérique, smartphones abordables et partenariats financiers

Pour sa part, Aboubakry Wade, entrepreneur, a évoqué son expérience dans le développement d’une identité numérique sécurisée utilisant la biométrie. Cette application permet aux femmes de s’identifier via une carte d’identité numérique validée par biométrie pour accéder à des services financiers.

Des solutions comme des smartphones adaptés aux zones rurales et préchargés avec des applications agricoles et financières hors ligne ont également été discutées.

En somme, les participants ont rappelé la nécessité d’inclure les femmes dès la conception des technologies IA pour éviter de reproduire les inégalités et ont insisté sur l’importance des partenariats entre universités, secteur privé, ONG et communautés.

Ils recommandent d’alimenter l’IA avec des données reflétant les réalités locales et les besoins spécifiques des femmes, et d’analyser les besoins en formation, notamment des programmes visant l’autonomisation des femmes dans l’utilisation des outils IA.

Enfin, ils ont souligné l’importance de politiques de soutien et de mécanismes de financement pour une IA inclusive, ainsi que la nécessité d’un plaidoyer constant pour des politiques d’IA inclusives.

https://www.youtube.com/watch?v=j5z36jd34Z0

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